Ce site est le complément interactif du livre de Gilles Gauvin et Fabrice Urbatro : "Les grandes dates de l'histoire de La Réunion" (Epsilon éditions, 2013).

Les grandes dates de l'histoire de La Réunion
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Histoire et lieux de mémoire

L’histoire de La Réunion est avant tout celle de la colonisation d’une île inhabitée. Seulement trois cent cinquante ans partagés en deux cent quatre-vingts ans de colonie française et à peine soixante-dix ans de département français. Cette société a vu son cadre de vie bouleversé à une vitesse extraordinaire. En à peine vingt ans, on est passé de La Réunion de la case en paille à celle du Mac Donald’s. Comment arriver dans ce cadre, à donner à chaque citoyen les repères historiques et géographiques qui l’aideront à relever les défis d’un développement durable ? A chacun donc de savoir retrouver, à partir des traces qui restent encore dans les mémoires (et qu’essaie de mettre en avant Les Grandes Dates de l’Histoire de La Réunion) les éléments historiques qui lui permettront de garder un regard critique sur La Réunion d’aujourd’hui pour mieux construire celle de demain.

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MOTS CLES :
Colonisation
Esclavage
Crime contre l'humanité
Mémoire(e)
Histoire

Colonisation

Système de domination politique et économique d’un pays par un autre. Le mot colonie désigne le territoire créé ou contrôlé par une puissance dominante. Dès l’Antiquité ce mot a un double sens : colonies de peuplement et colonies d'exploitation.

Les colonies de peuplement furent créées quasiment de toutes pièces par une métropole et qui gardaient des liens filiaux avec cette dernière. Ce fut le cas de Marseille créée vers 600 av J.C. par les Grecs de la cité de Phocée. Ce fut également le cas des relations entre l’Angleterre et les Etats-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. C’est le cas de l’île de La Réunion totalement déserte à l’arrivée des premiers colons français au XVIIe siècle.
Il existe également des colonies d’exploitation qui sont des territoires pris de force par des métropoles qui en exploitent les ressources naturelles et humaines. Madagascar en est un exemple au sein de l’Empire colonial français.
L’Algérie est un cas mixte : ce territoire était peuplé et organisé politiquement lorsque la France en a fait la conquête en 1830, mais les terres furent rapidement contrôlées par une importante minorité européenne.

Esclavage

Fait d’être privé de ses libertés et d’être sous la dépendance absolue d’un maître. Ce système qui permet le droit de propriété d’un être humain sur un autre n’appartient ni à une époque ni à un espace précis. On a retrouvé en effet en Mésopotamie le contrat de vente d’un esclave qui date d’environ 2 600 av. J.C. Dans l’Antiquité les esclaves pouvaient être sacrifiés lors de cérémonies religieuses, mais on les utilisait essentiellement pour les travaux de force, pour les tâches domestiques, le travail agricole et même comme soldats dans les guerres. L’endettement, la pauvreté ou la défaite lors des guerres pouvait réduire n’importe qui à l’esclavage.

Le substantif « esclave »est apparu en Occident au XIIe siècle et il dérive du latin médiéval « sclavus ». Ce mot désigne en fait les populations slaves dont les Germains et les Saxons ont fortement usé pendant le haut Moyen-Âge comme main-d’œuvre captive. Ensuite, tout au long du Moyen Âge une distinction s’est opérée entre le serf (servus) et l’esclave (slavus) : la propriété individuelle du maître sur le serf est plus complexe que celle du maître sur l’esclave qui est brutale et entière. Au XVIIIe siècle, le mot « esclave » devient synonyme de « nègre » dans la langue française du fait de l’ampleur prise par la traite négrière et l’esclavage pratiqué alors par les Européens à l’encontre des populations africaines.

L’esclavage reste aujourd’hui encore une triste réalité que l’ONU rappelle tous les 2 décembre. On estime à 27 millions le nombre de personnes soumises aujourd’hui à un esclavage traditionnel et entre 250 et 300 millions le nombre d’enfants (de 6 à 17 ans) réduits en esclavage, dont près d’un million, en majorité des filles, sont contraints chaque année à la prostitution. La servitude pour dettes est aussi fréquente en Afrique, en Asie du Sud et en Indonésie. L’Amérique latine est également sujette à ce genre de servitude, qu’il s’agisse des mineurs des pays andins, de la main d’œuvre utilisée pour le défrichage des forêts amazoniennes ou des métayers employés sur les grandes exploitations agricoles. Il ne faut pas oublier non plus la misère qui conduit des millions de personnes à travailler dans des conditions assimilables à de l’esclavage ; cela peut se passer entre pays du Sud, comme en République dominicaine, où un demi-million d’Haïtiens seraient utilisés dans les plantations, mais aussi entre pays du Sud et pays du Nord du fait de la criante inégalité qui persiste entre ces pays. L’Organisation internationale pour les migrations estimait ainsi qu’en Italie le travail au noir réalisé par des milliers d’immigrés vivant dans des conditions similaires à l’esclavage, représentait en 2008 près de 17% du PIB.

Crime contre l'humanité

Notion juridique internationale définie par le tribunal de Nuremberg (1945-1946). Cette expression désigne « le génocide, la déportation, la réduction en esclavage ou la pratique massive et systématique d’exécutions sommaires, d’enlèvements, de la torture ou d’actes inhumains inspirés par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux ».

La traite négrière et l’esclavage crime contre l’humanité ?

Une polémique historique et mémorielle est née lorsque la loi dite Taubira, adoptée le 10 mai 2001, proclame : « La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes, constituent un crime contre l’humanité ».
Certains estiment en effet qu’il n’était pas possible d’employer une telle expression pour un phénomène qui s’est déroulé avant la création officielle de la notion juridique. La réponse apportée à cette contradiction a été de rappeler que dès le XVIIIe siècle des philosophes et des hommes politiques dénoncent la traite négrière et de l’esclavage en des termes qui sont identiques au concept formalisé par le tribunal de Nuremberg. Le comte de Mirabeau, dans une lettre de 1791 dénonce par exemple « l’esclavage des Noirs comme un crime des Nations qu’aucun intérêt politique ne peut justifier ».

Mémoire(s)

Souvenir(s) que l’on garde du passé soit par son expérience personnelle, soit par les souvenirs portés par son entourage.

Il existe ainsi par exemple des mémoires différentes d’un même événement comme la Seconde Guerre mondiale. Ainsi au lendemain du conflit, la mémoire portée par le Parti communiste français, qui se proclame « le parti des 75 000 fusillés » (alors qu’il y a eu au total 25 000 victimes intérieures dans la résistance), se veut la seule légitime pour incarner la résistance. A l’inverse la mémoire portée par les gaullistes met en avant le rôle majeur tenu par le général de Gaulle sur tous les autres mouvements et a tendance à faire oublier la Collaboration.
Autre exemple : les mémoires de l’esclavage ne sont pas du tout les mêmes en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane et à l’île de La Réunion. Sarda-Garriga, commissaire de la République, chargé d’annoncer l’abolition de l’esclavage à La Réunion n’est pas connu dans les Caraïbes. Et qui connaît à La Réunion Cyrille Bissette ou Louis Delgrès, « héros » de la résistance à l’esclavage en Martinique et en Guadeloupe ?

Histoire

Etude du passé qui s’appuie sur une analyse critique des documents écrits et des témoignages oraux.

Quelle différence entre mémoire et histoire ?
Une mémoire reste forcément lacunaire et ne constitue qu’une vision particulière d’un événement alors que l’histoire est une approche qui croise et critique les différentes mémoires. La mémoire doit donc toujours être confrontée à l’analyse de l’histoire.

Mémoire et histoire dans la mythologie grecque
Clio (la muse de l’histoire) est l’une des 9 muses enfantées par l’union de Zeus et de Mnémosyne (la déesse de la mémoire). C’est donc la mémoire qui a donné naissance à l’histoire…

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Pour en savoir plus :

Sur la colonisation
• BLANCHARD Pascal, LEMAIRE Sandrine, BANCEL Nicolas (dir.), Culture coloniale en France. De la Révolution française à nos jours, CNRS Editions, 2008.
• LIAUZU Claude (dir.), Dictionnaire de la colonisation française, Larousse 2007.
• MANCERON Gilles, Marianne et ses colonies. Une introduction à l’histoire coloniale de la France, La Découverte, 2003.
• RIOUX Jean-Pierre (dir.), Dictionnaire de la France coloniale, Flammarion, 2007.
• STORA Benjamin, La Guerre des mémoires. La France face à son passé colonial, Editions de l’Aube, 2007.
• STORA Benjamin, DULUCQ Sophie, KLEIN Jean-François, Les mots de la colonisation, Presses universitaires du mirail, 2007.

Sur la question des mémoires
• ROUSSO Henry, La dernière catastrophe. L’histoire, le présent, le contemporain, Gallimard, 2012.
• VERGES Françoise, La mémoire enchaînée. Questions sur l’esclavage, Albin Michel, 2006.
• GLISSANT Edouard, Mémoires des esclavages, Gallimard, 2007.

Sites internet
Site du mémorial de la shoah
Site du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage
Site du groupe de recherche sur la colonisation, l’immigration et le postcolonisalisme
Site du musée du quai Branly
Iconothèque de l'océan Indien

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