Ce site est le complément interactif du livre de Gilles Gauvin et Fabrice Urbatro : "Les grandes dates de l'histoire de La Réunion" (Epsilon éditions, 2013).

Les grandes dates de l'histoire de La Réunion
En savoir plus

1963 : élection de Michel Debré

Battu aux élections législatives de novembre 1962 l’ancien Premier ministre du général de Gaulle cherche alors à retrouver des responsabilités politiques. A La Réunion, où la situation est tendue entre les communistes guidés par Paul Vergès et les responsables de la droite locale qui s’entre-déchirent, les irrégularités et les violences ont été telles que l’élection législative dans la première circonscription est annulée. L’idée d’une candidature de Michel Debré pour rétablir l’unité face à Paul Vergès vient alors au sénateur réunionnais Georges Repiquet, ami personnel du père de la Constitution. Michel Debré accepte au nom de la sauvegarde de la République et de la Nation. Il est élu comme député de La Réunion le 5 mai 1963 et le restera ensuite pendant un quart de siècle.

JOUER

MOTS CLES :
Décolonisation
Autonomie
République
Nation
Démocratie

Décolonisation

Passage de l’état de colonie à celui d’Etat indépendant souverain.

Le mot apparaît pour la première fois dans le titre d’un ouvrage de l’ethnologue français Henri Labouret en 1952 : Colonisation, décolonisation, indépendance. Il devient de plus en plus usité après la conférence de Bandung (Indonésie), en 1955, qui proclame la volonté de voir toutes les colonies d’Asie et d’Afrique accéder enfin à l’indépendance. Les hommes politiques français, qui dans leur majorité ont tenté de maintenir l’Empire colonial, sous des formes juridiques diverses, ont mis du temps à utiliser ce terme. Le Général de Gaulle ne l’utilisera publiquement qu’à partir de 1961.

La Réunion (ainsi que la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane), contrairement aux autres colonies a fait le choix en 1946 de l’assimilation avec la départementalisation. L’historien Yvan Combeau désigne ce processus particulier, inverse aux grands mouvements de décolonisation, comme « une décolonisation française ».

Autonomie

Fait pour un territoire de s’administrer soi-même, tout en étant lié à un Etat souverain.

Estimant que la départementalisation de 1946 ne résout en rien les problèmes économiques et sociaux de La Réunion, les communistes insulaires conduits par le jeune Paul Vergès, ont fondé en 1959 le Parti Communiste Réunionnais qui revendique l’autonomie du peuple réunionnais autour d’un programme conçu sur le modèle des pays communistes (nationalisations des terres et des moyens de production). Cette revendication d’une autonomie « démocratique et populaire », dans le cadre de la République française, dans le contexte de la guerre d’Algérie et plus globalement de la Guerre froide était-elle viable ? Cela n’a jamais fait aucun doute pour le PCR. Il en était tout autrement aux yeux des départementalistes qu’il s’agisse du communiste Léon de Lepervanche (fondateur de la section communiste de La Réunion en 1947), du socialiste Albert Ramassamy ou plus encore de Michel Debré devenu député de La Réunion à partir de 1963. Le PCR abandonna brutalement sa revendication à la veille de l’élection présidentielle de mai 1981, alors que son programme politique publié le 29 mars était encore intitulé « L’autonomie. Comment y parvenir ? Son contenu ». L’espoir était alors de voir François Mitterrand accorder à La Réunion une assemblée unique dotée d’une forte autonomie de gestion.

République

Forme de gouvernement dans lequel le pouvoir est exercé par un Président régulièrement élu.

Nation

Population partageant la même langue, la même histoire et désirant vivre ensemble sur un même territoire.

Démocratie

Régime politique qui garantit les libertés fondamentales et en particulier le droit de vote à l’ensemble de sa population.

Michel Debré, La Nation, la République et la démocratie.

Pour Michel Debré, la Nation est à la base de toute politique de l’Etat français. D’ailleurs son livre de chevet, offert par son père, était le Qu’est-ce qu’une Nation ? d’Ernest Renan, conférence prononcée en 1882…. Après avoir étudié toutes les formes de régimes politiques il est arrivé à la conclusion que celle qui convenait le plus à la France était la République. Ce terme représentant pour lui un pouvoir exécutif fort et stable, garantissant la souveraineté nationale et mettant en œuvre une politique économique, sociale et culturelle qui permet à la nation française de s’épanouir et de s’affirmer comme grande puissance mondiale. Dans ce cadre, la démocratie, c’est-à-dire le système électoral, garantit la souveraineté populaire.
Si l’Etat républicain est en danger, il convient alors selon Michel Debré d’accorder à l’exécutif tous les pouvoirs nécessaires au rétablissement de l’ordre (un peu comme l’entendaient les Romains quand ils nommaient un dictateur pour faire face à des troubles intérieurs ou extérieurs mettant en péril la sécurité de l’Etat). Ce n’est qu’une fois le danger écarté que l’on peut réintroduire le jeu démocratique au sein de la communauté nationale. Il conçoit donc que la souveraineté populaire soit mise entre parenthèse le temps de garantir la souveraineté nationale.

Haut de page

Pour en savoir plus :

• COMBEAU Yvan, MAESTRI Edmond, Histoire de La Réunion de la colonie à la région, Nathan, 2002.
• COMBEAU Yvan, La vie politique à La Réunion. 1963-1983, SEDES-Université de La Réunion, 2003.
• COMBEAU Yvan (dir.), L’île de La Réunion dans le XXe siècle. Un itinéraire français dans l’océan Indien. Colonie. Département. Région, CRESOI-Université de La Réunion, 2009.
• MAESTRI Edmond, NOMDEDEU-MAESTRI, Chronologie de La Réunion. De la départementalisation à la loi d’orientation, CRESOI-SEDES, 2001.
• VAXELAIRE Daniel, Le grand livre de l’histoire de La Réunion, vol.2 de 1848 à l’an 2000, Orphie Editions, 2009.

Sur la politique de Michel Debré à La Réunion
• ASCARIDE Gilles, SPAGNOLI Corine, VITALE Philippe, Tristes tropiques de la Creuse, K’A, 2004.
• BERTILE Wilfrid, Une communauté invisible. 175 000 Réunionnais en France métropolitaine, Karthala, 1996.
• GAUVIN Gilles, Michel Debré et l’île de La Réunion : une certaine idée de la plus grande France, Septentrion, 2006.
• JABLONKA Yvan, Enfants en exil. Transfert de pupilles réunionnais en métropole (1963-1982), Seuil 2007.
• WEBER Albert, L’émigration réunionnaise en France, L’Harmattan, 1994.

Sur la presse à La Réunion
• IDELSON Bernard, Histoire des médias à La Réunion de 1946 à nos jours, Université de La Réunion – Le publieur, 2006.
• TECHER Karine, SERVIABLE Mario, Histoire de la presse à La Réunion, ARS Terres Créoles, 1991.

Vidéo de l’INA sur La Réunion des années 1950

Sites internet
Le Boucan (portail de l’histoire de La Réunion)

Haut de page