Ce site est le complément interactif du livre de Gilles Gauvin et Fabrice Urbatro : "Les grandes dates de l'histoire de La Réunion" (Epsilon éditions, 2013).

Les grandes dates de l'histoire de La Réunion
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François Mitterrand n’est pas venu à La Réunion en 1952 (p.38 du livre). Il était venu en voyage officiel en 1951, invité par Raphaël Babet en tant que président de l’UDSR (Union Démocratique et Socialiste de la Résistance). Puis il est revenu dans l’île en 1955 en tant que ministre de la France d’outre-mer, toujours à l’invitation du député Babet.

1957 : décès de Raphaël Babet

Député en 1946, puis maire de Saint-Joseph de 1947 à sa mort en 1957, Raphaël Babet fut un homme politique qui a marqué l’histoire du « Sud Sauvage ». Il s’affirmait républicain indépendant, fidèle à de Gaulle et opposé aux communistes. Il se rapprocha des socialistes dont les ministres l’aideront à moderniser Saint-Joseph. Il fut également à l’origine du projet d’implantation de fermiers réunionnais à Madagascar, à la Sakay, en 1952. Si la colonie fermière, baptisée « Babetville », devint rapidement un modèle d’exploitation agricole, le projet resta un échec concernant l’objectif d’une forte migration réunionnaise vers la Grande Ile. Les derniers colons furent finalement rapatriés en 1977.

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MOTS CLES :
Sud sauvage
Autodidacte
Sakay
Bumidom
Mobilité

Sud sauvage

Cette expression est un exemple de ce qu’on appelle dans le marketing touristique le « branding ».
Tout comme « l’Ile Intense » ou « l’Ile à grand spectacle », il s’agit d’un concept destiné à assurer la promotion touristique d’un espace.

La structure touristique à l’initiative de cette expression est le Pays d’Accueil Touristique du Sud-Est, créée le 7 septembre 1987 et réunissant les communes de Petite-Ile, Saint-Joseph et Saint-Philippe. La dénomination géographique « Sud-Est » n’étant pas trouvée assez parlante pour mettre en avant les caractères propres à ce territoire, une nouvelle expression est trouvée par Jean-Paul Tesnieres, d’origine métropolitaine longtemps installé à Rodrigues, et Marie-Jeanne Félicité : « Sud Sauvage ». L’expression n’est pas forcément simple à faire accepter par les locaux car en créole le terme « sauvage » ne renvoie pas forcément à une image positive… Quoi qu’il en soit, on voit petit à petit s’imposer cette expression que l’on revendique à présent sur le site internet de la mairie de St-Joseph.

Autodidacte

Personne qui s’instruit par elle-même, sans maître.

Sakay

Nom donné à un projet d’émigration de colons Réunionnais organisé en 1952 sous l’impulsion du député-maire de St-Joseph, Raphaël Babet, dans la région de la rivière Sakay à Madagascar. Cette colonie agricole prit fin avec la révolution malgache de 1972.

Ce projet d’émigration est lié à deux caractéristiques de la population réunionnaise. Tout d’abord, depuis la fin du XIXe siècle la question des Petits Blancs des hauts, déclassés et vivant dans une extrême misère est une source d’inquiétude majeure des édiles insulaires. Le père de Raphaël Babet fut lui-même à l’initiative d’une implantation de 30 colons en 1897… L’autre angoisse des responsables insulaire est la croissance démographique exponentielle de l’après Seconde Guerre mondiale. En février 1954, le député Frédéric de Villeneuve interroge par exemple l’Assemblée nationale : « Comment vivent les Réunionnais ? Misérablement pour la plupart. Sur une superficie de 2 500 kilomètres carrés, 80 000 hectares seulement sont cultivables. La population croît annuellement de 6 000 à 7 000 âmes. Sa densité est de 350 habitants au kilomètre carré. Que feront tous ces Réunionnais dans 10 ou dans 20 ans ? ».

Sous l’impulsion du député Raphaël Babet deux cent vingt familles de colons réunionnais sont dès lors installées en 1952 près de la rivière Sakay à Madagascar. Ce projet de coopérative agricole a été piloté par le Bureau pour le développement agricole3 (BPDA) qui, depuis 1950, prospecte à Madagascar, en Nouvelle‐Calédonie et au Cameroun pour mettre en valeur des terres agricoles. La ferme mise en place à la Sakay devient un modèle d’exploitation agricole, mais cette colonie en terre malgache est bien loin de répondre à son objectif de soupape de sureté démographique pour la population réunionnaise. Plus encore, la révolution marxiste de 1972 impose le rapatriement des colons installés à la Sakay. Les autorités administratives françaises essayant d’ailleurs de limiter le nombre de départ vers La Réunion pour privilégier l’envoi vers le territoire métropolitain…

Bumidom

Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d’outre‐mer qui a organisé entre 1963 et 1982 des départs de jeunes Réunionnais et Antillais vers l’Hexagone.

En 1963, Michel Debré, devenu député de La Réunion, initie le Bumidom. Face à l’explosion démographique que connaît alors l’île (275 000 habitants en 1954 contre 417 000 en 1967 dont 56% ont moins de 20 ans) et à la faiblesse de ses infrastructures économiques, l’ancien Premier ministre estime que les départs organisés de jeunes adultes volontaires constituent une chance de promotion sociale pour les insulaires. Il pense en même temps que le dynamisme démographique des populations françaises de La Réunion et des Antilles représente une chance pour la métropole en pleine expansion économique, mais avec une croissance démographique en baisse.

Aimé Césaire pour les Antilles dénonça cette « émigration » comme « une sorte de déportation qui est de nature à alimenter le racisme en métropole ». Pour les communistes réunionnais il ne s’agissait rien de moins que d’une « traite de nègres à rebours ». Michel Debré déclarait quant à lui : « Je ne parle jamais d’immigration ou d’émigration car il s’agit de Français ». Le député de la 1ère circonscription de La Réunion estimait nécessaire, dans les années 1970, 6 à 8 000 départs annuels et il n’a jamais manqué d’exprimer sa colère de ne pas voir ces chiffres atteints alors que la population augmentait en moyenne de 10 000 habitants par an. A noter cependant que l’angoisse démographique est présente avant même l’arrivée de l’ancien Premier ministre. En 1952 un projet d’installation à Madagascar est ainsi impulsé par le député Babet, tandis qu’un rapport parlementaire de 1960 suggère « le départ chaque année de 4 000 jeunes de 18 à 25 ans ».

Le Bumidom fut supprimé par le gouvernement socialiste en 1982 et remplacé par l’Agence nationale pour l’insertion et la promotion des travailleurs d’outre-mer (ANT). Ce changement est suivi par une chute spectaculaire des migrations organisées : on comptait 3 835 départs en 1981 pour 540 en 1983. Le maximum des départs fut atteint en 1975 avec 5 655 personnes. Au total, on dénombre 37 473 Réunionnais pris en charge par le Bumidom entre 1963 et 1981, les migrations « spontanées » étant de 15 384 départs sur la période 1965-1981. Le résultat de ces phénomènes migratoires organisés et spontanés est l’augmentation très rapide du nombre de Réunionnais dans l’hexagone : 3180 en 1954 contre 74 082 en 1982. On estime aujourd’hui à plus de 105 000 le nombre d’originaires de La Réunion vivant sur le territoire métropolitain.

Mobilité

Avec la fin du Bumidom en 1982 et les difficultés économiques qui touchent la France métropolitaine, on retrouve à La Réunion un solde migratoire positif alors même que la croissance démographique reste importante. Malgré un taux de croissance économique qui est alors supérieur à celui de la métropole, l’économie locale n’est pas en mesure de fournir du travail aux milliers de jeunes qui arrivent tous les ans sur le marché du travail. Les émeutes sociales qui éclatent dans le quartier du Chaudron en 1991 encouragent alors les responsables politiques à développer une véritable culture de la mobilité. Le Conseil Général, comme le Conseil Régional dirigé par une majorité communiste entre 1998 et 2010, soutiennent financièrement de nombreux dispositifs, relayés par une importante publicité, afin de faciliter l’installation des jeunes Réunionnais en France métropolitaine, en Europe ou encore vers d’autres destinations privilégiées par des accords comme le Canada.

Au-delà des luttes idéologiques, la réalité des chiffres reste : près de 7 500 jeunes Réunionnais arrivent tous les ans sur le marché du travail, 60% des 15 à 24 ans sont au chômage dans une île où le chômage atteint globalement 1/3 de la population active.

Sur les Réunionnais installés en France métropolitaine voir l’article de l’Insee :
De plus en plus de Réunionnais en métropole

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Pour en savoir plus :

• COMBEAU Yvan, MAESTRI Edmond, Histoire de La Réunion de la colonie à la région, Nathan, 2002.
• COMBEAU Yvan, La vie politique à La Réunion. 1942-1963, SEDES-CRESOI, 2001.
• COMBEAU Yvan (dir.), L’île de La Réunion dans le XXe siècle. Un itinéraire français dans l’océan Indien. Colonie. Département. Région, CRESOI-Université de La Réunion, 2009.
• MAESTRI Edmond, NOMDEDEU-MAESTRI, Chronologie de La Réunion. De la départementalisation à la loi d’orientation, CRESOI-SEDES, 2001.
• VAXELAIRE Daniel, Le grand livre de l’histoire de La Réunion, vol.2 de 1848 à l’an 2000, Orphie Editions, 2009.

Sur la politique de Michel Debré à La Réunion
• ASCARIDE Gilles, SPAGNOLI Corine, VITALE Philippe, Tristes tropiques de la Creuse, K’A, 2004.
• BERTILE Wilfrid, Une communauté invisible. 175 000 Réunionnais en France métropolitaine, Karthala, 1996.
• GAUVIN Gilles, Michel Debré et l’île de La Réunion : une certaine idée de la plus grande France, Septentrion, 2006.
• JABLONKA Yvan, Enfants en exil. Transfert de pupilles réunionnais en métropole (1963-1982), Seuil 2007.
• WEBER Albert, L’émigration réunionnaise en France, L’Harmattan, 1994.

Sur le Sud de La Réunion
• Société d’histoire de St-Joseph, 1914-1919. Les soldats de Saint-Joseph dans la Grande Guerre. Ils ont sauté la mer…, Imazcom, 2009.
• Société d’histoire de St-Joseph, 1934-1970. Saint-Joseph au fil des jours… sur les pas du Père Le Chevallier, Imp. Graphica 2012.
• LEBRETON Patrick, LANDRY Christian, Raphaël Babet. Une Vie, un combat pour le sud, Le Thabor Editions, 2007.
• PAYET Charles, Saint-Joseph. Histoire et chroniques de la ville française la plus australe, Azalées Editions, 2003.

Sites internet
Le Boucan (portail de l’histoire de La Réunion)

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