Ce site est le complément interactif du livre de Gilles Gauvin et Fabrice Urbatro : "Les grandes dates de l'histoire de La Réunion" (Epsilon éditions, 2013).

Les grandes dates de l'histoire de La Réunion
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1811 : révolte des esclaves de Saint-Leu

Les révoltes d’esclaves ont été fréquentes à La Réunion, mais la plus importante reste sans aucun doute celle du 8 novembre 1811 à Saint-Leu. Entre trois et cinq-cents esclaves ont ainsi pris les armes pour se révolter contre l’absence de salaire et de repos et le non-respect du dimanche et des jours de fêtes. La répression fut terrible : entre cinquante et cent esclaves tués et vingt-cinq peines de morts prononcées.

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MOTS CLES :
Révoltes
Occupation anglaise
Cultures vivrières
Ravine du Trou
Répression

Révoltes

Les révoltes d’esclaves restent sans doute pour les historiens le meilleur moyen de saisir les réactions que pouvaient déclencher la violence du système esclavagiste. Dans ce cadre, l’importance historique de la révolte de Saint-Domingue (Haïti), en 1791, a écrasé de tout son poids le monde indianocéanique. Même si la géographie réunionnaise reste marquée par les noms d’esclaves marrons (en fuite) portés par d’inaccessibles pitons ou des cirques vertigineux (Anchaing, Dimitile, Mafate, Cilaos…), l’histoire n’a identifié aucun « Spartacus noir » ayant porté une révolte de l’ampleur de celle incarnée par Toussaint Louverture à Saint-Domingue.
La première difficulté à étudier la résistance des esclaves à La Réunion est venue par ailleurs du manque d’archives conservées sur le sujet. Mais c’est aussi l’idée qu’on se faisait de la révolte comme étant forcément une insurrection collective qui a contribué à diffuser l’image d’un esclavage « plus doux » dans l’île Bourbon qu’aux Antilles.

Le premier élément relevé par les études les plus récentes est la fréquence très élevée des agitations dans l’île entre 1750 et 1848, soulignant ainsi que les importantes révoltes de Saint-Leu en 1811 et de Saint-Benoît en 1833 ne furent pas de « simples incidents » comme le rapportait le premier Que sais-je ? sur l’Histoire de La Réunion (1965).

Par ailleurs, il existe des liens directs entre ces complots et les crises politiques liées aux relations avec la métropole ou avec Maurice. Cela indique qu’il a existé une réelle conscience politique chez les esclaves de La Réunion, qu’ils étaient au courant des tensions qui traversaient le monde des maîtres ainsi que des événements nationaux et internationaux. Cela tient sans doute au fait que la majorité des complots ont été menés par des esclaves créoles, c’est-à-dire nés dans l’île, donc connaissant bien leur environnement, et qui étaient des Noirs à talents (esclaves affectés à des tâches réclamant une certaine maîtrise technique), des domestiques ou des commandeurs (esclaves chargés d’organiser le travail des autres esclaves).

Il apparaît également que les complots ont souvent été éventés sur dénonciation d’esclaves ou de libres de couleur, ce qui témoigne d’une stratégie mise en place par les maîtres pour entretenir les rivalités ethniques et empêcher la naissance de solidarités entre esclaves. Si les groupes qui se sont constitués ont globalement fait preuve d’une grande imprudence et d’un manque d’organisation, on remarque que les mouvements se sont structurés au fil du temps. Le complot de Saint-Denis 1835 fait apparaître ainsi pour la première fois une agitation commune des esclaves et de libres de couleur qui interviennent par le biais d’organes de presse. Les colons qui ont pris conscience de ce danger se sont alors attachés à faire des propositions permettant aux affranchis d’espérer une certaine ascension sociale. On constate en effet que la crainte de voir un nouveau Saint-Domingue fut permanente chez les maîtres de l’île Bourbon. C’est ainsi qu’ils ont toujours réagi avec une très grande sévérité au moindre signe de révolte d’un esclave. De fait, cela a entraîné le développement d’autres formes de contestations serviles comme le marronnage, les vols, mais aussi les suicides ou les infanticides.

Les esclaves réunionnais ne furent pas plus dociles que ceux des Antilles, mais leurs formes de résistances se sont adaptées au système mis en place par les colons, qui n’étaient pas plus « doux » que ceux des Caraïbes. Pourtant cette idée reçue, qui minimise l’esclavage pratiqué des siècles durant dans les îles de l’océan Indien, a la vie dure…

Occupation anglaise

Conséquence des guerres napoléoniennes, l’île Bourbon tombe aux mains des Anglais entre 1810 et 1815. Il existe deux mausolées. Celui des Anglais date de 1810 et commémore la bataille des 7 et 8 juillet livrée contre les Français pour la prise de l’île. Les Français érigèrent leur propre mausolée en 1857.

Mausolées

Il existe deux mausolées. Celui des Anglais (au centre et à droite) date de 1810 et commémore la bataille des 7 et 8 juillet livrée contre les Français pour la prise de l’île. Les Français érigèrent leur propre mausolée en 1857 (photo de gauche). Photos Gilles Gauvin

Cultures vivrières

Cultures pratiquées pour nourrir la population d’un pays.

Ravine du Trou

Une des raisons importante de la révolte fut le déséquilibre entre le nombre d’esclaves et celui des colons. En 1811, la commune totalise en effet 5 050 esclaves contre 363 Blancs et 131 « libres de couleur », soit un peu plus de 1à esclaves pour un libre contre un peu plus de 3 esclaves pour un libre dans le reste de l’île. De plus, de nombreux colons vivaient sur la côte, loin de leurs plantations de café et de cultures vivrières. Les conditions étaient ainsi favorables pour que les esclaves puissent se concerter, en particulier autour du bassin d’eau de la Ravine du Trou où ils venaient fréquemment pour assurer le ravitaillement de leurs maîtres.

Vue aérienne

Localisation de la ravine du Trou. (image Google Earth)

Répression

La révolte qui éclate en novembre 1811 à Bourbon a lieu dans un contexte très particulier. Depuis juillet 1810, l’île est occupée par les Anglais qui ont aboli la traite dans leurs colonies en 1807. Malgré le soutien apporté par les autorités britanniques aux colons esclavagistes, il semble bien que les esclaves ont espéré une certaine compréhension des occupants. Ainsi, la reddition d’Elie, un des meneurs de la révolte de Saint-Leu, une vingtaine de jours après les affrontements, témoigne sans nul doute d’un espoir de clémence de la part du lieutenant-colonel britannique Kelso. Mais il n’en fut rien ! La répression judiciaire menée par les colons fut d’une sévérité extrême : 25 peines de mort (7 condamnés furent graciés) exécutées aux quatre coins de l’île afin de « rassurer » les colons et de dissuader les esclaves d’une nouvelle tentative de révolte.

Esclaves révoltés

Monument aux esclaves révoltés de 1811, St-Leu. (Photos G.Gauvin)

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Pour en savoir plus :

• COMBEAU Yvan, MAESTRI Edmond, Histoire de La Réunion de la colonie à la région, Nathan, 2002.
• EVE Prosper, Le Bruit du silence. Parole des esclaves de Bourbon de la fin du XVIIe siècle au 20 décembre 1848, CRESOI-Océan Editions, 2010.
• FUMA Sudel, L’esclavagisme à La Réunion. 1794-1848, L’Harmattan, 1992.
• FUMA Sudel, La révolte des oreilles coupées ou l’insurrection des esclaves de Saint-Leu en 1811, Océan Editions.
• GAUVIN Gilles, Abécédaire de l’esclavage des Noirs, Editions Dapper, 2006.
• MAESTRI Edmond, NOMDEDEU-MAESTRI, Chronologie de La Réunion. De la découverte à la départementalisation, CRESOI-SEDES, 2001.
• VAXELAIRE Daniel, Le grand livre de l’histoire de La Réunion, vol.1 des origines à 1848, Orphie Editions, 2009.

Bandes dessinées
• GAUVIN Gilles, LARRALDE Laetitia, Tambour battant. Bahiya, Orphie, 2010.
• GAUVIN Gilles, LARRALDE Laetitia, Tambour battant. Joro, Orphie, 2011.
• NURY et BRUNO, Atar Gull ou le destin d’un esclave modèle, Dargaud, 2011. (Adaptation d’une nouvelle d’Eugène Sue datant de 1831).

Sites internet
Site du comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage
Iconothèque de l'océan Indien
Le Boucan (portail de l’histoire de La Réunion)
Site du musée de Villèle

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