Ce site est le complément interactif du livre de Gilles Gauvin et Fabrice Urbatro : "Les grandes dates de l'histoire de La Réunion" (Epsilon éditions, 2013).

Les grandes dates de l'histoire de La Réunion
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1663 : début de la colonisation de l’île Bourbon

C’est en 1663 que deux colons français de Madagascar, accompagnés de dix Malgaches (sept hommes et trois femmes), se portent volontaires pour venir peupler l’île Bourbon. Lorsqu’en 1665, le premier gouverneur arrive officiellement, il ne trouve cependant que les deux Blancs car suite à une dispute à propos des femmes, tous les Malgaches se sont enfuis dans les Hauts…

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MOTS CLES :
île déserte
Mascarin
Bourbon
Vingt colons
Fort-Dauphin

île déserte

On ignore très souvent que l’île Bourbon, devenue aujourd’hui île de La Réunion était à l’origine une ile déserte de tout peuplement humain. C’est une spécificité de cette île de l’océan Indien par rapport à la Martinique et à la Guadeloupe, dans l’océan Atlantique, qui étaient à l’origine peuplées par des Amérindiens karibs (ou caraïbes).

Mascarin

Un des premiers noms porté au XVIe et XVIIe siècles par l’actuelle île de La Réunion et qui vient du navigateur portugais Mascarenhas.

La date de découverte de l’île n’est pas connue avec précision. Selon les historiens, Pedro Mascarenhas serait passé à proximité des îles du sud-ouest de l’océan Indien entre 1512 et 1513. Le terme de Mascareignes (Mascarenhas) désignant alors sur les portulans (recueil de cartes) les petites îles à l’Est de Madagascar. Peu à peu le nom fut donné à la plus grande de ces îles – La Réunion – surnommé île Mascareigne ou Mascarin.
L’archipel des Mascareignes désigne aujourd’hui La Réunion, Maurice et Rodrigues, cette nomenclature géographique ne date que de 1825.

Les premiers noms de l'île

Les premiers à avoir répertorié l’île sont les navigateurs arabes. Une carte dessinée en 1502 d’après les indications de marins musulmans repère à l’Est de Madagascar Dina Margabim (La Réunion), c’est-à-dire l’ile de l’Ouest, Dina Morare (Rodrigues) et Dina Arobi (Maurice). Le mot Dina étant un mot indien, il est même possible que ces découvreurs soient venus d’Inde.
En 1518, l’île est répertoriée sur une carte sous le nom de Santa Apollonia et on pense qu’elle aurait pu être aperçue le 9 février 1507, le jour de la Sainte-Apollonie, par le navigateur Diego Fernandez Pereira.
En 1613, le pirate anglais Samuel Castelton, de passage, dénomme l’île England’s Forest ou Pearl Island pour la luxuriance de la végétation et de la faune qu’il y trouve.
L’île aura même porté le nom d’île d’Eden dans un projet d’émigration élaboré par des protestants persécutés après la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV en 1685.

Carte

Carte de Cantino 1502 localisant Dina Margabim. (Source wikimédia commons)

Bourbon

Nom donné à l’île Mascarin, en l’honneur des rois de France, à partir de 1649, lors de la 3e prise de possession officielle par la France.

La première prise de possession de l’île par la France a eu lieu le 30 juin 1638. Officiellement c’est le commandant Salomon Goubert, du Saint-Alexis, venu de Dieppe accompagné par un autre navire souvent oublié, la Marguerite qui pose, le premier, le pied sur l’île. Une nouvelle prise de possession symbolique a lieu en 1642 sous la direction de Jacques de Pronis, chargé d’installer le comptoir de Fort Dauphin, à Madagascar. Enfin, en 1649 Etienne de Flacourt, commandant de Fort Dauphin renouvelle la prise de possession et nomme l’île Bourbon.

Carte

Atlas maritime, 1763. (Source wikimédia commons)

Vingt colons

Les manuels nous parlent souvent d’Etienne Regnault et des 20 premiers Français. En fait l’île a été habitée par des aventuriers dès 1663, mais sa colonisation officielle débute en 1665. Ces 20 premiers colons, conduits par Etienne Regnault, furent en fait une vingtaine et contrairement aux habitants de 1663 qui venaient de Madagascar, ceux de 1665 sont arrivés directement de France.
C’est d’ailleurs sans doute pourquoi, lors du tricentenaire de 1965 les autorités ont choisi officiellement d’insister sur 1665. On était alors dans un contexte d’affrontement politique entre la droite départementaliste conduite par Michel Debré et le Parti Communiste Réunionnais, conduit par Paul Vergès et réclamant « l’autonomie démocratique et populaire » pour le « peuple réunionnais ».

Le premier peuplement volontaire en 1663

Les 12 premiers volontaires à avoir habité l’île sont arrivés dans l’île entre le 10 et le 14 novembre 1663 à bord du Saint Charles, venu de hollande et étant passé par Nantes et Fort-Dauphin, à Madagascar. A la tête de cette première expédition privée se trouvait Louis Payen et un autre colon à l’identité discutée, accompagnés par dix Malgaches (sept hommes et trois jeunes filles). Le groupe s’installe à St-Paul et contrairement aux mutins exilés qui avaient passé un séjour temporaire sur l’île (entre 1646 et 1649 puis entre 1654 et 1658), il arrive avec les moyens de s’installer durablement. Mais si l’équipement avait été convenablement pensé (les deux Français étant par ailleurs les seuls à disposer d’armes à feu), on ne peut pas en dire autant de la composition du groupe. Les neuf hommes vont rapidement se disputer, très certainement d’ailleurs au sujet des femmes – ou plutôt de jeunes filles de 14, 10 et 8 ans…

Le début de la colonisation en 1665

Les sources ne sont pas toujours complètes sur le nom du groupe de colons arrivés avec Etienne Regnault, mais les archives ont gardé la trace de Pierre Collin, Hervé Dennemont, Jacques Fontaine, René Hoarau, Gilles Launay et François Vallée. Arrivés également entre 1665 et 1667 : Antoinette Arnaud (ou Renaud), Marie Baudry, Jean Bellon, Anne Billard, Michel Esparon, Pierre Hibon, Jena Mirebaud, Claude Mollet, Pierre Pau, Léonarde Pillé, Anne Randranar, François Ricquebourg, Antoine Royer, Athanase Touchard.

Les premières femmes… ou plutôt jeunes adolescentes

L’île paradisiaque » fut un rude univers pour les jeunes filles. (source Enis ROCKEL, Nouvelles histoires extraordinaires de l’Isle Bourbon « Ile de La Réunion », Orphie, 2012).
- Jeanne ARNOULT, née en 1677, épouse Henry BROCUS à l’âge de 12 ans.
-Antoinette NATIVEL, née en 1676, épouse Jean BLOCQUEMANN à 11 ans.
-Gironne MAILLOT, née en 1689, épouse Jacques HUET à l’âge de 10 ans.
-Jeanne WILMANT, née en 1695, épouse Jacques BOYER à l’âge de 11 ans.
-Margueritte CARRON, baptisée en 1680, épouse Jean ARNOULT à l’âge de 12 ans.
-Anne BRUN, née en 1683, épouse Jean PERROT à l’âge de 11 ans.
-Agathe NATIVEL, née en 1693, épouse Jacques PITOU à l’âge de 13 ans.
-Louise PAYET, née en 1681, épouse François CAUZAN à l’âge de 11 ans.
-Hyacinthe CARRÉ, née en 1692, épouse Pierre PRADEAU à l’âge de 12 ans.
-Anne BELLON, née en 1676 épouse Jacques BÉDA à 11 ans.
-Cécile MOUSSE, née en 1675, épouse Gilles DUGAIN à 13 ans.
-Margueritte LAUNAY, née en 1682, épouse Gilles DENNEMONT à 11 ans.
-Geneviève DALLEAU, née en 1680, épouse François NATIVEL à 11 ans

Les premiers enfants nés sur l'île

Si Anne Mousse (1668-1733), fille des Malgaches Jean Mousse et Marie Case arrivés en 1663 avec Payen, reste comme le premier enfant à être né sur l’île puis à avoir contribué au peuplement insulaire, le premier nouveau né insulaire fut un garçon : Estienne Pau. Fils des colons français Pierre Pau et Anne Billard, il est le premier à être officiellement baptisé à Bourbon en 1667 et a pour parrain Etienne Regnault, premier Commandant de l’île. Mais contrairement à Anne Mousse il n’a pas fait souche. En effet, à la mort de Pierre Pau, en 1670, Anne Billard repart avec son enfant à Madagascar. Un autre garçon, Estienne Bellon est également né avant Anne Mousse, en 1667, mais il est mort sans descendance.

Les 10 noms les plus portés aujourd’hui

Selon l’INSEE, entre 1901 et 2000 les 20 noms les plus portés dans l’île sont : 1/Payet (32375), 2/Grondin (21001), 3/Hoarau (20 833), 4/Fontaine (16265), 5/Boyer (15511), 6/Hoareau (15 202), 7/Robert (13349), 8/Rivière (12941), 9/ Dijoux (12469), 10/ Maillot (12306).

Fort-Dauphin

Petite colonie fondée par les Français sur la côte sud-est de Madagascar en 1643. Elle porte le nom de Fort Dauphin en hommage à l’héritier du trône royal.

Ce comptoir français devait servir les ambitions de conquête française aux Indes, mais ce ne fut qu’une installation précaire, soumise à de fortes tensions entres les colons eux-mêmes (ce qui valu par exemple l’exil à Bourbon d’un groupe de mutins entre 1646 et 1649). Dans la nuit du 26 au 27 août 1674 le camp fut attaqué par les Malgaches et 75 colons furent massacrés. Les rescapés s’enfuirent sur le Blanc Pignon, navire providentiellement ancré au large à ce moment, et connurent une odyssée de deux ans qui les conduisit du Mozambique à Surate (ouest de l’Inde) pour finir enfin à Bourbon en 1676. Ce n’est qu’avec le massacre de Fort Dauphin que la France s’intéressa plus sérieusement à Bourbon.

Carte

Schéma de Fort-Dauphin réalisé par le sieur de Flacourt, commandant du fort, en 1650. (issu de gallica bibliothèque nationale de France). (Source wikimédia commons)

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Pour en savoir plus :

• BENARD Jules, MONGE Bernard, L’épopée des cinq cents premiers réunionnais. Dictionnaire du peuplement (1663-1713), Azalées Editions, 2012.
• COMBEAU Yvan, MAESTRI Edmond, Histoire de La Réunion de la colonie à la région, Nathan, 2002.
• LOUGNON Albert, Sous le signe de la tortue. Voyages anciens à l’Ile Bourbon (1611-1715), Orphie éditions, 2006.
• MAESTRI Edmond, NOMDEDEU-MAESTRI, Chronologie de La Réunion. De la découverte à la départementalisation, CRESOI-SEDES, 2001.
• ROCKEL Enis, Nouvelles histoires extraordinaires de l’Isle Bourbon – « Ile de La Réunion », Orphie, 2012.
• SERVIABLE Mario, Rayonner. Histoire de La Réunion, ARSTC-OE, 1995.
• SERVIABLE Mario, LUCAS Raoul, Gouverneurs de La Réunion, Océan Editions, 2006.
• VAXELAIRE Daniel, Le grand livre de l’histoire de La Réunion, vol.1 des origines à 1848, Orphie Editions, 2009.

Sites internet
Site du Cercle généalogique de Bourbon
Racines des Mascareignes (sur les primo-arrivants de l'île)
Iconothèque de l'océan Indien
Le Boucan (portail de l’histoire de La Réunion)

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